Renaud
Biographie

Mais pourquoi croyez-vous que le 16e album studio de Renaud soit autant attendu ? Parce qu’en France, il y a bel et bien une génération Renaud qui l’accompagne depuis près de quarante ans pour les plus anciens… Ces fidèles l’ont vu arriver en Titi amoureux de Paname, verlan et accordéon. Ils l’ont suivi avec Gérard Lambert, cuir noir et bandana rouge. Ils ont dragué les mêmes filles, ont connu les mêmes bandes, ont versé des larmes avec Manu et sont entrés dans les mêmes appartements que celui de la mère à Titi.

Eux aussi ont été anars, ont rencontré l’amour, se sont attendris devant leur femme en cloque, ont vu naître des Lolitas, jusqu’à ce que, peut-être un jour, un putain de camion ne leur cisaille le cœur en leur enlevant un pote.

Avec Renaud, cette génération s’est amourachée d’un chanteur énervant, une chetron sauvage, un homme au regard d’enfant, à la tendresse immense, à la sincérité désarmante et au langage unique de poète du quotidien. Elle l’a soutenu en mister Renard, dans Boucan d’enfer (2002) vendu à 2,2 millions d’exemplaires, l’a accompagné dans Rouge Sang (2006). Puis l’a patiemment attendu pendant sa trop longue éclipse.

Il faut croire qu’après quelques années noires, c’est le soleil de la Provence, au milieu des oliviers, où Renaud a trouvé refuge, qui l’a aidé à se refaire une santé. Un jour, Grand Corps Malade a débarqué là-bas, à L’Isle-sur-la-Sorgue, pour lui demander d’écrire, pour son propre album, une chanson avec au moins ces quatre mots : « Il nous restera ça ». L’exercice a plu à Renaud. Tout à coup, la flamme de l’écriture s’est ranimée. « Il m’avait comme soufflé la première ligne. Le texte est venu. J’ai eu envie d’en écrire un autre et un troisième. Puis, j’ai fouillé dans mes brouillons, trouvé quelques couplets ou bribes de phrases. Je me suis dit : Ah, elle était pas mal cette idée !C’est miraculeux », raconte Renaud.

La magie de l’écriture... Et c’est aussi devenu cette délicieuse chanson qu’est Les mots : « Mais quand ça vous colle à la peau/Putain qu’est-ce que ça vous tient chaud/Écrire et faire vivre les mots/Sur la feuille et son blanc manteau. » Un vrai cadeau !

Il y a plein de chansons tendres sur ce disque. « Peut-être parce que les témoignages que je reçois, confie Renaud, me parlent surtout de ces chansons-là. Ils disent que ça leur remonte le moral quand ils ne vont pas bien. »

Le cœur de l’album - on ne se refait pas - c’est l’enfance et l’adolescence. Deux titres évoquent Malone, son Petit bonhomme. Un troisième raconte Héloïse, sa petite-fille et la suite des aventures de Lolita devenue maman, dans une sublime promenade à trois à Venise : « La source à laquelle je puise/Et qui jamais ne se tarit/coule à vos lèvres cerise/quand l’une chante et l’autre rit. »

Il y a aussi Dylan et ses 16 ans brisés dans un platane à la sortie d’une boîte de nuit. Cette histoire, il l’a écrite car elle lui a été plusieurs fois racontée. Elle s’inscrit déjà comme un incontournable. On aime également quand Renaud lâche son imaginaire dans les pas d’une jeune femme de vingt ans qui laisse derrière elle les vestiges d’une vie médiocre pour partir sur les routes de Mulholland Drive. « J’avais envie, dit-il, d’un road-movie américain sur les routes qui ondulent autour de Los Angeles. Cela me changeait d’Argenteuil et de la banlieue parisienne… »

Bien sûr que, dans ces treize nouveaux titres, on n’échappe pas à la mélancolie, bien trop fidèle compagne depuis des années. Dans Mon anniv’, il chante détester les anniversaires : « Des coups de poignards dans ma vie ! ». Quant à La vie est moche et c’est trop court, c’est une poignante, une bouleversante autobiographie en 3 mn 42. « Peut-être la chanson la plus triste de tout mon répertoire », lâche-t-il.

J’ai embrassé un flic, chanson entraînante, apparaît pour le moins anachronique dans son univers… Elle revient sur les manifestations qui ont suivi le massacre de Charlie Hebdo. « Parce que dans cette manif fraternelle et pacifique, nous étions escortés par des centaines de flics qui avaient tous l’air chagrinés et solidaires. J’ai eu envie de leur dire : merci mon frère », explique-t-il.

Si Renan Luce signe trois mélodies, Renaud a confié la réalisation du disque et une grande partie des compositions au guitariste Michael Ohayon, compagnon de scène depuis vingt ans, qui a su aérer les musiques avec des guitares acoustiques, du piano, de l’accordéon, des batteries, tout en soignant des gimmicks qui font le cachet des morceaux de Renaud. C’est au fameux studio ICP, à Bruxelles, que l’enregistrement a eu lieu, autour de Mickael Ohayon, d’Erwin Autrique, l’ingénieur du son et de toute l’équipe, dans un climat de confiance absolue, le cocon qu’il fallait à Renaud, ému de ce retour qui le rend « franchement heureux ».

Alors voilà, il est arrivé le nouveau Renaud, son premier album de chansons originales depuis une dizaine d’années. Et il est beau de toute cette humanité que Renaud est le seul à pouvoir appréhender, raconter, chanter. On l’a enfin, avec ses bouffées d’enfance, ses creux et ses bosses, ses sourires et ses voiles devant les yeux. « Et il suffit de quelques mots/pour toucher le cœur des marmots/pour apaiser les longs sanglots/quand votre vie part à vau l’eau… »