La France judiciaire aime ses exceptions. Jusqu’à aujourd’hui, l’injonction de payer échappait à la règle du règlement amiable préalable. Pourtant, le paysage change brutalement : le 1er janvier 2026, cette singularité disparaît. L’exception s’efface, la procédure d’injonction de payer bascule dans le droit commun du dialogue obligé. Une mutation qui exige des professionnels et des particuliers qu’ils repensent leurs réflexes, à la lumière de la jurisprudence la plus récente et des arbitrages du législateur.
Procédure d’injonction de payer : comprendre le cadre actuel et les enjeux de l’article 750-1
Longtemps, la procédure d’injonction de payer a offert une voie expresse aux créanciers. Il suffisait de déposer un dossier solide, pièces justificatives à l’appui, pour obtenir un titre exécutoire sans passer par la case audience. Pas besoin, jusqu’ici, de prouver une tentative préalable de résolution amiable. Cette exemption faisait figure de refuge, alors que d’autres contentieux imposaient déjà la conciliation, la médiation ou la procédure participative. L’argument tenait en une phrase : si la créance est claire et exigible, pourquoi perdre du temps ?
Mais ce schéma touche à sa fin. L’article 750-1 du Code de procédure civile vient rebattre les cartes. Dès 2026, la tentative préalable de résolution amiable s’impose pour l’injonction de payer. Le virage est net : les modes alternatifs de règlement des différends (MARL) ne sont plus réservés à quelques litiges choisis, ils deviennent un passage obligé pour tous.
Ce changement n’est pas qu’une formalité administrative. Désormais, la médiation, la conciliation et la procédure participative s’invitent au centre du jeu procédural. Le Conseil d’État l’a souligné à plusieurs reprises : désengorger les juridictions passe par une responsabilisation accrue des parties, sommées d’épuiser le dialogue avant de recourir au juge. L’article 750-1 traduit ce nouvel esprit : la justice ne sera sollicitée qu’en dernier recours, après que toutes les solutions amiables prévues par le Code de procédure civile auront été tentées, preuves à l’appui.
Ce que la réforme de 2026 va réellement changer pour les créanciers et débiteurs selon la jurisprudence récente
Déjà, la réforme de l’article 750-1 du Code de procédure civile dessine de nouveaux réflexes dans les tribunaux. La Cour de cassation, via sa troisième chambre civile, ne laisse planer aucun doute : la preuve d’une tentative de règlement amiable devient la clé d’entrée de toute procédure. Plus question de saisir le juge sans démontrer que l’on a cherché à régler le litige autrement.
Dans les faits, voici ce que cette évolution implique pour les acteurs concernés :
- Pour le créancier : il devient impératif de constituer un dossier rigoureux, rassemblant tous les éléments attestant des démarches amiables entreprises. À défaut, la demande risque de se voir bloquée dès l’entame.
- Pour le débiteur : cette nouvelle étape lui offre la possibilité de s’impliquer activement dans la recherche d’une solution, bien avant le déclenchement officiel de la procédure judiciaire.
Les exemples concrets ne manquent pas. Dans les dossiers de bail commercial ou lorsqu’il s’agit du paiement d’une somme dépassant le seuil légal, la jurisprudence montre déjà que l’absence de véritable tentative préalable de résolution amiable peut conduire à l’annulation pure et simple de la procédure,sauf dérogation expresse prévue à l’article 750-1. La Chambre civile de la Cour de cassation veille au grain, et les premières décisions tombent.
Les professionnels du droit l’ont bien compris : il faut intégrer rapidement cette nouvelle étape à la préparation des dossiers. La culture du dialogue prend le pas sur l’affrontement d’emblée, et chaque partie doit dorénavant anticiper la preuve de sa bonne foi procédurale. La justice civile n’est plus seulement l’arbitre du litige, elle devient l’ultime recours après une séquence de règlement amiable devenue incontournable.
La page se tourne. En 2026, la justice civile française ne se penchera plus sur une injonction de payer sans avoir pris acte d’un dialogue préalable. Un nouveau chapitre s’ouvre, où la négociation n’est plus un choix mais une condition d’accès au juge. Demain, il faudra d’abord parler, prouver qu’on l’a fait, puis seulement, espérer trancher.


